Mario Draghi ouvre les vannes du QE et Merkel dit « oui » au TAFTA

italia-euro-draghi-merkel-770x385Depuis quelques semaines, la rumeur autour d’un QE en Europe s’amplifiait… Entre la croissance insatisfaisante de la zone euro, les problèmes de réformes, les revendications de renégociation de la dette des pays les plus touchés par la crise (avec en premier lieu, les élections le 25 janvier, voir l’article sur la Grèce ainsi que la faillite de banques grecques) et l’inflation qui n’est pas au rendez-vous (à tel point que l’on parle même de déflation), les marchés attendaient une réponse de la BCE.

Une exclue française !

Et qui donc nous avait donné l’information en exclusivité ? Celui que l’on appelait en 2014 « monsieur 1% », et récemment rebaptisé « monsieur +30% », grand rassembleur des belles démocraties de ce monde pour une récup… Poli… Marche républicaine, Vous l’aurez compris, il s’agit bien de François Hollande !

françois-hollandeIl a ainsi déclaré, deux jours avant l’annonce officiel de la BCE :

« La Banque centrale européenne va prendre jeudi la décision de racheter des dettes souveraines, ce qui va donner des liquidités importantes à l’économie européenne et (…) peut créer un mouvement favorable à la croissance »

 

Puis il tenta de se rattraper par un communiqué d’une conseillère de l’Elysée qui a expliqué que le président « s’était contenté d’évoquer une hypothèse », et qu’il respectait l’indépendance de la BCE. express.be

 

Achat de dette, le mot est lâché

Ce jeudi, avant la conférence à 14h30 de la BCE concernant « un plan massif d’achats de dette », le taux de refinancement, principal instrument de la politique monétaire de la BCE, reste fixé à 0,05%, celui de la facilité de prêt marginal à 0,30% et celui de la facilité de dépôt à -0,20%, des plus bas historiques auxquels ils ont été abaissés le 4 septembre dernier. easybourse.com

Dès lors la question n’est plus de savoir si oui ou non il va y avoir un Q.E. en zone euro, mais plutôt de combien sera celui-ci ! Certains disent que 500 milliards d’euros ne serait pas utile, qu’il faut viser plus, d’autres espèrent qu’il dépassera les 700 milliards. L’Allemagne semble même résigné quant à l’imminence du Q.E., mais Merkel maintient la pression sur les états européens :

 

 

merkelLes décisions de la Banque centrale européenne (BCE) ne doivent pas « faire dévier du chemin des réformes » les pays européens, a déclaré jeudi à Davos la chancelière. lefigaro.fr

 

Qu’est ce qu’un QE ?

Je vais simplement reprendre l’article wikipédia pour l’expliquer :

Le QE (quantitative easing), en français l’assouplissement quantitatif, est l’équivalent moderne de la planche à billet, en plus sophistiqué dans ses modalités toutefois et sans forcément imprimer l’argent (monnaie électronique). Ainsi, la Banque Centrale se met à acheter des bons du trésor (ce qui revient à prêter à l’État) et d’autres titres financiers :

  1. elle met donc de l’argent en circulation dans l’économie
  2. elle augmente ainsi les réserves du secteur bancaire

Dans un cadre de crise, et donc de manque de liquidités, le point 1 est capital. On évite ainsi une déflation. Le point 2 doit inciter les banques à accorder à nouveau des prêts – ce que la crise des subprimes les empêchait de faire, par manque de réserve et par défiance généralisée envers tous les nouveaux emprunteurs.

Le problème, c’est le risque de provoquer de l’inflation (dans de grande proportion, « à la japonaise » comme on dit) ou de favoriser les bulles spéculatives.

 

Draghi met le paquet !

Mario Draghi a préparé un beau cadeau aux  marchés, un beau QE de plus de 1 000 milliards d’euros!

draghiLa BCE a annoncé son entrée dans l’assouplissement quantitatif avec un programme d’achat de titres de 60 milliards d’euros par mois, de mars 2015 jusqu’à la fin septembre 2016 (sauf si l’inflation remonte brusquement auparavant). Ce programme pourrait même continuer pendant 30 ans ; or lorsque l’on voit les effets après 25 ans au Japon (perte de pouvoir d’achat, déficit commercial, diminution de l’épargne des retraites, etc.), il y a de quoi être plutôt inquiet…

la BCE portera le risque à 20 % du total des achats, le reste, aux banques centrales nationales de la zone euro. Levif.be

Toutefois, la plupart des médias oublient de citer que ce QE dit « européen » ne sera possible que pour les dettes dites « de bonne qualité », c’est à dire bien noté par les agences de notations. Cet extrait de tv5monde.com est très clair sur le sujet.

« Chaque Etat de la zone euro a une dette publique différente, et des notations financières différentes sur sa dette publique. […] les pays ayant le plus besoin de liquidités, comme la Grèce, seront ceux qui bénéficieront certainement le moins des rachats de titres.

Pourquoi ? Parce que les rachats ne seront pas effectués par la BCE elle-même, en prenant en compte les difficultés propres à chaque Etat, mais par le biais d’autorisations ciblées auprès des Banques centrales, et sur des critères financiers précis. Plus les dettes sont mal notées, plus les Etats sont ‘pauvres’, c’est-à-dire ayant mis ‘peu’ au pot commun de la BCE, moins les rachats seront possibles. On ne prête qu’aux riches… »

Nos politiques ont de beaux discours pour nous faire sentir européen, mais dès qu’il s’agit d’argent, on oublie très vite les pays en difficultés.

De plus, les injections de liquidités, par la planche à billet, font monter les actifs financiarisés types immobiliers et s premières alimentaires, ce qui maintient (voir augmente) les prix de certains produits malgré un contexte déflationniste (nourriture, logement). Le QE va alimenter des bulles sur ces actifs et créer de l’inflation. Alors que sur les autres actifs, on sera sur une tendance déflationniste car les liquidités crées par les planches à billet n’iront pas à l’économie réelle et qu’elles iront sur les marchés. (voir cet article pour aller plus loin)

Merkel, la cerise sur le gâteau avec le « oui » à TAFTA

Entre les demandes de réformes en Europe et le non au Q.E. (même si elle a perdu), le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Allemagne est sur tous les fronts. Néanmoins, il y a un sujet dont on a peu entendu parler, ce sont les négociations sur le Traité Transatlantique (TAFTA). Pourtant l’Allemagne était, semble-t-il, le dernier rempart à la signature de ce traité, et c’est sûrement par une augmentation de la pression exercée par les États-Unis (non non, ne criez pas au complot ! lisez ici), que Merkel a finalement cédé et opté pour le « oui » :

«Le président Obama vient d’exprimer son accord et il faut saisir cette occasion unique, car c’est une façon de protéger l’environnement et le consommateur, et un progrès pour le monde» lefigaro.fr

Si vous ne connaissez pas le TAFTA, en voici une bonne synthèse

 

En tout cas, entre l’attentat à Charlie Hebdo, le QE européen, la porte ouverte de Merkel pour le TAFTA et les élections en Grèce, on peut dire que le monde a les yeux sur l’Europe et que ce mois de janvier 2015 sera certainement un tournant dans la politique, politique étrangère et économique du « continent » ! Après, savoir à qui cela profitera, c’est parfois difficile à dire, mais en général, c’est pas pour les 99%.

 

William Perroquet

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A propos de l'auteur :

Tel un oiseau, je m'envole sur le net et m'évade dans les livres. J'en reviens volontaire après avoir médité et trouvé quelques graines. J'écris, j'assemble, je construis mon nid et l'expose sur la presse libre.

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5 commentaires

  1. Ruoma dit :

    Ça bouge, ça bouge…
    Je ne sais pas ce que donnera sur la durée l’élection de Syriza en Grèce, mais on peut dire que, depuis que la BNS (Banque Nationale Suisse) a renoncé à intervenir pour maintenir la parité Franc suisse / Euro, en ayant eu vent de l’intention de la BCE de passer aux QE, puis l’annonce officielle de la BCE (qui est pourtant censée être indépendante…) et le oui de Merkel au TAFTA, les grandes manœuvres sont en cours. Et, en effet, une fois de plus, probablement pas au bénéfice des 99,99% malheureusement. (Nous sommes en effet ~450 millions, les dirigeants sont quelques dizaines de milliers au plus)
    Par contre, j’avoue avoir été perplexe de lire « Pourtant l’Allemagne était, semble-t-il, le dernier rempart à la signature de ce traité ». J’en déduis que les représentants de la France auraient déjà capitulé. Quelques sources seraient bienvenues pour étayer cette affirmation.

    • William Perroquet dit :

      On peut penser que la France et L’Angleterre sont pour ce traité, au vu de la politique étrangère menée avec les États-Unis et que l’Allemagne, effectuant plus d’échanges économiques avec la Russie (notamment énergétique) que les deux premiers, pouvait hésiter ou en tout cas réfléchir à l’union eurasienne de Poutine.

      • Ruoma dit :

        Vous avez probablement raison. Merci pour votre réponse !
        Je réagis tardivement car je n’ai pas eu de notification de votre message.
        Petite rectification cependant. Je reformulerais volontiers votre phrase en « On peut penser que l’oligarchie française et que les dirigeants anglais sont pour ce traité »…

  2. charlot dit :

    Rachat de dette avec du papier?
    Mais oui,bien sûr….

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