« Guantánamo nous appartient », par Hernando Calvo Ospina (documentaire)

GuantánamoLa baie de Guantanamo, occupée depuis le XIXè siècle

Alors que les Cubains font le deuil du líder máximo, le président états-unien qui avait promis de faire fermer le camp de Guantánamo s’apprête à quitter la maison blanche. Une page d’histoire se tourne. Le camp de concentration implanté dans la base navale du territoire occupé de la baie de Guantánamo sur l’île de Cuba, pour sa part, demeure. L’occupation officielle de la baie de Guantánamo fait suite à la guerre hispano-américaine de 1898. Elle prend l’apparence d’un contrat locatif signé par le premier président cubain, très proche du gouvernement des États-Unis, Tomás Estrada Palma. À la suite de la guerre, Cuba l’indépendante est en réalité devenue un protectorat états-unien. Le gouvernement actuel de l’île n’a jamais reconnu la validité de ce bail. C’est dès 1898 que débuta la construction de la base.

L’histoire de Guantánamo racontée par les Cubains

Comment les États-Unis se sont-ils approprié ce territoire pour le transformer en base militaire ? Pourquoi refusent-ils de le céder ? Quelles relations les habitants de la baie de Guantánamo entretiennent-ils avec les occupants de la base ? Qu’est-ce que l’état de ces relations nous dit de ce que la volonté de domination militaro-impérialiste impose aux peuples ? Le documentaire Guantánamo nous appartient, du réalisateur colombien Hernando Calvo Ospina, répond à certaines de ces questions, et pousse à s’en poser d’autres. Tout l’intérêt de ce documentaire, c’est d’évoquer Guantánamo non pas du point de vue des détenus du camp, du personnel de la base ou de l’opinion internationale, mais des habitants de la baie de Guantánamo eux-mêmes. Ce documentaire est produit par le média sud-américain Resumen latinoamericano.

On aura une idée, après l’avoir visionné, des manières et des raisons pour lesquelles les gouvernements successifs des États-Unis, depuis plus d’un siècle, ont fait preuve de tant d’acharnement dans l’occupation de cette portion de la baie de Guantánamo, mais surtout, des manières et des raisons par lesquelles le peuple cubain leur résiste avec un acharnement comparable.

De la base navale au camp de concentration

Nous l’avons précisé, le documentaire concerne le point de vue des Cubains sur l’occupation de Guantánamo. La présentation de ce documentaire nous permet toutefois de rappeler les informations suivantes. 780 hommes au total ont été détenus dans le camp de Guantánamo, implanté sur la base en 2002. Plus de 60 personnes y auraient été déportées alors qu’elles étaient mineures. 9 déportés s’y seraient donné la mort. Dans plusieurs cas, des familles de détenus ont remis en question la thèse du suicide avancée par les autorités états-uniennes. 61 personnes y sont toujours enfermées illégalement. Le 1er septembre 2015, Ashton Carter, le secrétaire à la Défense de l’administration Obama, a déclaré qu’une partie des détenus de Guantánamo avaient vocation à rester enfermés indéfiniment.

Des innocents internés sans chef d’inculpation

À ceux qui considéreraient que la situation des déportés du camp de Guantánamo ne concernerait que des combattants se situant hors du cadre régulier de la guerre, qui ne pourraient être jugés à cause du statut qu’ils se sont eux-mêmes donné en s’engageant de cette manière et dans ce type d’organisation, nous ne pouvons que suggérer de jeter un œil au film Survivre à Guantamo, retraçant l’histoire vraie de Murat Kurnaz, citoyen allemand arrêté en 2001 au Pakistan, interné durant 5 ans à Guantánamo, libéré en 2006, alors que des preuves de son innocence étaient avérées comme l’a révélé la divulgation de documents issus des dossiers des services secrets allemands, du FBI et de l’armée états-unienne. Le film est tiré de l’autobiographie de Murat Kurnaz, Dans l’enfer de Guantánamo, traduite en français en 2007 au éditions Fayard.

Le cas de Murat Kurnaz n’est pas unique. Sami al-Haj, journaliste soudanais de la chaîne al-Jazeera, est arrêté au Pakistan en décembre 2001. D’abord transféré au Pakistan, il est déporté à Guantánamo en juin 2002. Il y restera jusqu’au premier mai 2008, bien qu’aucun chef d’inculpation ne soit retenu contre lui. Il affirme qu’on lui aurait proposé une libération moyennant son recrutement en tant qu’informateur infiltré auprès d’al-Jazeera, ce qu’il aurait refusé. Il affirme que l’immense majorité des interrogatoires qu’il a subis concernaient non pas le terrorisme, mais son employeur, la chaîne al-Jazeera.

Nous avions également relayé en 2013 des informations concernant le cas de Lakhdar Boumediene, innocenté en 2009 après 8 ans de détention, tout comme son compatriote bosniaque d’origine algérienne Saber Lahmar. Ils furent tous deux accueillis par la France après leur sortie de Guantánamo. Ne nous y trompons pas. En négociant l’accueil de détenus de Guantánamo, le gouvernement français cherchait avant tout à rendre à l’administration Obama un service dont il espérait qu’elle lui saurait gré tôt ou tard.

Galil Agar

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A propos de l'auteur :

Bonjour, je m'intéresse à la philosophie, à la religion, à la littérature et à l'économie. Mes recherches et mes articles au sein du Cercle sont souvent orientés vers les sentiers jalonnant dans un même mouvement ces différents domaines par le truchement de l'Histoire. Je lutte à ma manière contre ce que Jean-Claude Michéa appelle "l'enseignement de l'ignorance". Je considère que chaque prise de conscience poussant un esprit à s'émanciper du flux continu de l'immédiateté et de la banalité pour s'interroger sincèrement sur ses déterminations historiques, psychologiques et spirituelles est un pas de plus vers la victoire. Je pense que le journalisme citoyen peut être un instrument d'envergure dans ce combat, à condition de redonner au terme de "journalisme" la dignité qu'en exigeait l'écrivain George Orwell: "Le journalisme, c'est publier quelque chose que quelqu'un ne voudrait pas voir publié. Tout le reste relève des relations publiques".

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